Vincent Lauriot Prevost… vers une nouvelle classe de 100 pieds ?
Posté par therace2 | Catégorie The Race
Le cabinet d’architecture navale VPLP est reconnu mondialement pour son expertise en matière de grands trimarans de course. Ces 18 derniers mois, leurs créations ont connu des succès retentissants : Oracle, lauréat de la 33e America’s Cup ; Banque Populaire V détenteur des records de l’Atlantique et de la Méditerranée et Groupama 3, récent vainqueur du Trophée Jules Verne. L’histoire retiendra aussi les chasseurs de records qu’étaient Sport-Elec devenu Idec et Géronimo. Entretien avec Vincent Lauriot Prévost qui voit d’un très bon œil la relance de The Race et collabore à l’idée de formuler une jauge qui encadrerait l’actuelle classe des 100 pieds et permettrait de concevoir une nouvelle génération de maxi multicoques.
Vous avez conçu plusieurs maxi trimarans dédiés aux grands records… Comment ont-ils évolué ?
Vincent Lauriot Prévost : « On est passé de 27 mètres avec Sport-Elec à 40 mètres avec Banque Populaire. Mais il y a eu une évolution brutale à partir de Groupama 3. Avec ses trois safrans et ses foils, Groupama 3 est le premier grand bateau à naviguer comme un trimaran Orma (60 pieds). Il est à 60% une extrapolation de son petit frère Groupama II.
Après Geronimo (34 mètres), on s’était dit qu’on arrêtait de monter en taille, qu’on allait jouer davantage sur la manœuvrabilité, la légèreté, la polyvalence, ce qui est le cas avec Groupama 3. Ce qui nous importait n’était pas tant la longueur que la puissance. C’est en fixant des objectifs de puissance que l’on définit les dimensions d’un bateau, laquelle puissance dépend de la masse et de la largeur. Pour Geronimo (34 m) le ratio poids/puissance était de 230 tonnes/mètre ; pour Groupama 3 (31 m) de 190 tonnes/mètre et pour Banque Populaire (40 m) de 250 tonnes/mètre. Pour concevoir Banque Populaire V, qui est aussi une extrapolation de Groupama 3, nous nous sommes calés sur la puissance d’Orange II, le bateau le plus puissant du marché, avec la volonté de faire plus large et plus léger. La longueur de Banque Populaire a découlé de ces données ».
Comment considérez-vous le projet de relancer The Race ?
VLP : « C’est une bonne idée, même si elle est compliquée à mettre en oeuvre car il est difficile, avec les bateaux existants, d’obtenir une flotte très homogène. La problématique est de faire une course sportivement intéressante avec des bateaux qui lutteraient à armes égales. On pourrait donc conserver l’idée originale de « No Limit », avec d’une part une classe dans laquelle entreraient certains bateaux existants comme Banque Populaire V, et d’autre part, développer la Classe des 100 pieds, une catégorie à laquelle appartiennent déjà IDEC, Sodeb’O, Majan, ou encore Gitana 13 (ex Innovation Explorer). Il s’agirait de définir une jauge assez ouverte, une règle conçue autour des bateaux existants pour ne pas les rendre obsolètes par rapport aux nouveaux. »
Cette nouvelle classe de 100 pieds est-elle déjà une réalité ?
« Depuis quelques temps, nous sommes en discussion avec Bruno Peyron. De son côté, il recueille l’avis des uns et des autres pour savoir comment avancer sur une jauge simple qui laisse la porte ouverte à différentes options : trimaran mais aussi catamaran , prao, cata bipode. Ensuite, je pense qu’il y a toujours de la place pour des courses de multicoques. Le projet Multi One Design prend forme, mais pour l’heure, dans les grandes tailles de bateau (au delà de 80 pieds), la seule ouverture, ce sont les records puis une grande course comme The Race. L’idée, avec cette classe des 100 pieds, serait de faire des bateaux plus polyvalents, capables d’être menés en solitaire pour participer aussi aux grandes classiques. »
Pouvez-vous nous donner des précisions sur cette jauge ?
« Nous sommes arrivés à la formule des 160 pieds maximum. La somme de la longueur hors tout et de la largeur hors tout du bateau ne devra pas excéder les 160 pieds. Autrement dit, un bateau long sera plus étroit et un bateau court plus large. Cela dit, la longueur hors tout sera tout de même limitée ou en tout cas encadrée dans une fourchette de taille. Le tirant d’air sera également limité. Quant au plan de voilure, il y aurait une base pour le près et une base pour le portant avec une hauteur de capelage à respecter. C’est un terrain de jeu assez ouvert sans pour autant être trop « élastique » car le but est de ne pas exclure les bateaux existants. Dans ce cadre, l’objectif est de faire le bateau le plus puissant et le plus léger possible, deux facteurs de performances antinomiques… Mais aujourd’hui, on peut aussi essayer de gagner en puissance en travaillant sur la forme des coques, la géométrie de la plateforme, la position des bras etc… »
Dans l’univers du multicoque de course, VPLP est « abonné » aux trimarans plutôt qu’aux catamarans, pourquoi ?
« On a fait suffisamment de comparatifs entre le cata et le tri pour savoir qu’à puissance égale, le trimaran est plus intéressant que le catamaran car théoriquement plus léger. L’option du catamaran n’est intéressante que pour une gamme de vent très faible, type ce qu’a fait Alinghi sur la Coupe ou alors lorsque les conditions ne permettent pas d’exploiter toute la puissance du bateau ».
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