Nigel Irens dessinerait bien un (très) grand trimaran

Nigel Irens est parmi les architectes navals l’un de ceux qui ont dessiné les plus rapides multicoques océaniques de ces 30 dernières années. Architecte avec Benoît Cabaret des trimarans 100 pieds conçus pour Francis Joyon (IDEC), Thomas Coville (Sodeb’O) et Sidney Gavignet (Majan), Nigel Irens ne cache pas l’intérêt qu’il voit au retour de The Race. Mais à la condition que la course n’oppose pas les Géants « no limit » aux grands trimarans de 100′. Of course, puisque The Race proposera aux deux classes de bateaux d’être au départ ! L’architecte britannique évoque la création d’une jauge pour les trimarans 100 pieds, tout en imaginant ce que pourrait être un (très) grand trimaran « no limit ». Rencontre..

1 – Après Idec, Sodeb’O et Majan, comment voyez-vous le développement de ces nouveaux trimarans 100′ ?
Nigel IRENS : En général un bateau long est bien entendu plus rapide et plus marin qu’un bateau moins long. Normalement un trimaran serait également plus rapide, si la plate-forme était plus large. Lorsqu’on parle de la navigation en solitaire (et c’est bien pour cela qu’IDEC et Sodeb’O ont été conçus), cela ne sert pas à grand’ chose d’augmenter la largeur, car en ce faisant la puissance du bateau dépasserait ce qui peut être exploité par un solitaire. Par conséquent, nous avons décidé d’opter pour une largeur peu importante. Au lieu de rajouter de la puissance en augmentant cette largeur, nous avons tout simplement réduit la résistance, car un trimaran moins large est plus léger. Ces bateaux ont été conçus sans recours à des foils, simplement parce qu’on se disait que cela compliquerait la tâche du skipper en lui donnant trop de travail à faire. Pour le parcours plus court comme celui de la Route du Rhum 2010, Idec et Sodeb’O bénéficieront tous les deux de foils afin de permettre aux bateaux d’être plus rapides dans les alizés. Si les foils améliorent la vitesse et restent maniables pour un solitaire, ce serait une étape logique dans le développement de ces bateaux.

2 – Bruno Peyron envisage de proposer à ces bateaux d’être au départ de la prochaine édition de The Race en 2013 ou 2014. Qu’en pensez-vous ?
Nigel IRENS : Personnellement j’estime que si on pouvait trouver assez de bateaux semblables, il serait mieux de lancer The Race avec une classe unique de bateaux comme IDEC et Sodeb’O par exemple. Quant à savoir s’il est possible de mettre tous les G-class dans la même course (No Limit et G100′), c’est une question pour le responsable de l’épreuve ou un expert en communication. Des bateaux comme IDEC ou Sodeb’O offrent un bon rapport qualité-prix car ils sont à la fois très véloces et très marins. En d’autres termes, ces bateaux offrent une plate-forme fiable car ce serait une course sérieuse dans des conditions océaniques (même dans les Mers du Sud) pour un prix correct.

3 – Le bateau est-il facile à transformer pour un tour du monde en équipage réduit et quelles transformations essentielles seraient à réaliser sur la plateforme ?
Nigel IRENS :  Je n’estime pas qu’il sera nécessaire de réaliser beaucoup de modifications pour une course en équipage réduit (par rapport à une course en solitaire, je veux dire), ce qui est bien, car de toute manière il n’y a pas vraiment beaucoup de possibilités pour modifier efficacement ces unités. Un bateau est conçu dans son ensemble. C’est ainsi que si on change un paramètre, il faudra ensuite tout changer, ce qui n’est pas possible.


4 – Quel est le potentiel de vitesse du bateau en équipage et en combien de jours pour boucler un tour du monde à 5 équipiers ?
Nigel IRENS : Eh bien, un équipage de cinq personnes devrait être capable de boucler un tour du monde plus rapidement qu’un solitaire, mais on aurait tort de ne pas imaginer que ce même équipage ne soit pas encore plus rapide à bord d’un bateau conçu pour être mené en équipage.

5 – D’une manière générale que pensez-vous de l’idée de relancer The Race ?
Nigel IRENS : Lors de la première édition, on invitait le public au simple spectacle d’une course entre quelques grands bateaux sur des zones où peu s’étaient aventurés auparavant. Je crois que pour réussir,  la prochaine édition devra s’inspirer de la technologie actuellement disponible (tactiques, météo, etc). Il serait primordial également de s’assurer que l’épreuve soit vraiment internationale. Je ne soutiens pas les arguments des medias concernant les courses au large, mais je crois néanmoins qu’il va falloir aller au-delà des images simplistes de l’écume sur le pont et les tentatives de bien préparer à manger à l’intérieur. Le débat à terre sur l’évolution de la météo et le succès ou non des options tactiques que l’on réalise sur l’eau ont bien plus de substance.

6 – En dehors du trimaran 100′, avez-vous dans vos tiroirs un projet d’un grand multicoque « no limit » ?
Nigel IRENS : Pour le moment personne n’a encore fait appel à nos services pour dessiner un trimaran « No Limit », mais si on se mettait au travail sur un tel projet, nous voudrions bien reproduire à plus grande échelle les concepts de base de ces bateaux dessinés pour des solitaires. Evidemment cela donnerait un bateau très, très long et malgré cela, la puissance (c’est-à-dire la largeur) ne serait pas beaucoup plus importante que celle que l’on trouve sur les grands bateaux d’aujourd’hui.

7 – Quelle règle faudrait-il prévoir pour développer la classe de trimarans 100 pieds ?
Nigel IRENS : Je crois qu’il serait important d’établir une jauge afin d’encourager d’autres à construire de nouveaux bateaux, dessinés par d’autres architectes. Personnellement je crois que la façon la plus simple d’inciter la création de tels projets serait de limiter la longueur hors tout, la largeur et la hauteur du mât aux dimensions déjà établies par Sodeb’O. Par ailleurs, il serait important de décourager un rond de chute trop important sur les GV, décourager l’utilisation de tangons de gennaker et se poser vraiment la question de foils. Il faudra peut-être un poids minimum pour ces plates-formes afin de réduire la tentation d’optimiser la vitesse aux dépens d’une marge de sécurité structurelle correcte. Toutes les parties devraient discuter l’élaboration de cette jauge. Cela prendrait un mois ou deux afin de déterminer les nouveaux paramètres. A mon avis, l’idée de baser cela sur la longueur + largeur ne me plaît pas tellement. J’estime que la classe resterait trop ouverte et cela ne garantirait pas une performance similaire entre les bateaux.

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