Comment Bruno Peyron relance The Race
Posté par therace2 | Catégorie The Race
La deuxième édition de The Race, no limit autour du monde en équipage à bord des plus grands multicoques de la planète, aura bien lieu en 2013 ou 2014. Bruno Peyron a décidé de relancer la fabuleuse machine et accepté de détailler son projet pour Course Au Large.
Bruno, vous le laissiez pressentir en décembre dans nos colonnes, mais cette fois c’est officiel : vous relancez The Race. A quel horizon ?
« Nous organiserons The Race 2 à l’horizon 2013-2014. Nous avons choisi cette date pour plusieurs raisons, l’une d’elles étant de s’intercaler entre deux éditions de la Volvo Ocean Race. Le choix du départ en 2013 ou 2014 se fera après étude de plusieurs paramètres, dont l’éventualité d’attendre des bateaux supplémentaires et le choix des sites de départ et d’arrivée. Sans oublier la date de la prochaine America’s Cup, probablement en 2014. Ce retro-planning a du sens, pas seulement pour ceux qui sont déjà dans la G-Class, mais aussi pour ceux qui pourront nous y rejoindre, certaines équipes de la VOR et de l’America’s Cup semblant tentées de le faire. »
Concept inchangé ? No limit en équipage autour du monde ?
« Les fondamentaux restent les mêmes. Ils ont été validés. « No limit autour du monde », tout le monde comprend ce que cela veut dire. C’est un défi à l’imagination architecturale ! Savoir ce que l’homme peut faire de sa liberté. The Race, c’est le plus haut niveau possible, le tour du monde absolu par les trois caps sur les bateaux les plus rapides du monde. Des maxi-multicoques de la taille de l’Arc de Triomphe, capables de faire le tour de la planète en un peu plus de 40 jours et de traverser l’Atlantique en moins de 4 jours. Dans les fondamentaux, il y a aussi l’internationalisation de l’épreuve. Sur la première édition de The Race, nous avions réuni treize nationalités. Il faut continuer dans ce sens. »
Justement, qui pourrait participer ? Quel plateau envisagez-vous ?
« Mon objectif a toujours été de réunir les dix meilleures équipes du monde. Nous y arriverons en deux temps peut-être : huit à dix en 2013, le Top Ten en 2016. Aujourd’hui, je discute avec des teams potentiels de quinze nationalités différentes.
Peut-on préciser qui peut être intéressé ?
En dix ans, 12 Géants de 30 à 40 m ont été construits. Sur ces 12 grands multicoques, 8 sont aujourd’hui opérationnels et 3 à réarmer et à développer. Sans compter les nouveaux projets susceptibles d’être lancés dans la dynamique créée par l’événement. Ils sont faciles à identifier et ont démontré leur fiabilité. Combien réussiront à être au départ ? Je ne sais pas, et nous essaierons autant que faire se peut d’aider tous ceux qui en auront besoin, mais un objectif de 8 à 10 pour 2013 me semble réaliste. En tout état de cause, nous ne sommes plus dans le cas de figure de la première édition, quand aucun de ces bateaux n’existait encore et que certains doutaient de leur fiabilité.
Le focus donné par la dernière America’s Cup sur les grands multicoques est-il un atout ?
C’est un coup de projecteur supplémentaire sur une discipline innovante qui a du mal à toucher les pays anglo-saxons depuis 30 ans, mais les choses évoluent. Je suis persuadé qu’Ernesto Bertarelli et Larry Ellison viendront un jour sur les grands multicoques océaniques. Ernesto est un passionné de multicoque depuis toujours, certains viennent de les découvrir. Plus jamais nous n’entendrons dire que les Français sont seuls au monde. Hors de nos frontières, les précurseurs ont été Peter Blake, Robin Knox-Johnston et plus tard Grant Dalton, mais ce n’est qu’un début. Les Français centre du monde du multicoque, c’est fini. L’événement sera bel et bien très international, j’en suis certain.
L’idée est toujours d’installer The Race sur un rythme quadriennal ?
Oui car c’est le rythme des grands événements d’envergure internationale. 2013 ou 2014 me semble le bon timing pour The Race 2. Ensuite, nous avancerons sans doute d’une année le départ de The Race 3, pour profiter du créneau 2016 qui est idéal. Cela peut permettre à des équipes de pouvoir amortir leur investissement sur les deux courses.
Mais comment faire naviguer ensemble des bateaux n’ayant pas le même potentiel, à savoir les « no limit » et les 100 pieds ?
La génération des grands multicoques (de 100 et 120 pieds) s’est orientée dans deux directions : le « no limit absolu » pour la course aux grands records en équipage, dont le point d’orgue est le Trophée Jules Verne. Et les nouveaux multis 100 pieds imaginés par Francis Joyon et Thomas Coville pour les grands records en solitaire. Ces bateaux sont plus accessibles que les « No Limit » et ils offrent la capacité de naviguer en solitaire comme en équipage réduit. Ces trimarans de 100 pieds, les IDEC, Sodeb’O, Oman n’ont certes pas le même potentiel que les « no limit », mais au départ de The Race, il est probable qu’ils écrivent la même belle histoire et qu’un vrai combat ait lieu au sein de cette classe en pleine émergence. Ces bateaux sont aujourd’hui les seuls multicoques au monde à pouvoir participer à la fois aux grandes courses et records en solitaire (Route du Rhum, tour du monde en solitaire,…) tout en pouvant s’aligner au départ de The Race ! Il nous faut donc imaginer sereinement la façon de faire courir ensemble ces deux classes de grands multicoques. J’ai commencé à discuter avec les teams sur ce sujet. Je ne suis pas inquiet sur le fait que nous trouverons ensemble un équilibre qui respecte à la fois l’investissement de chacun et sa légitime attente en termes de sport, mais aussi de retombées économiques et médiatiques. Nous partageons la même histoire, nous avons les mêmes valeurs…
Les géants d’aujourd’hui sont-ils vraiment compétitifs entre eux ? Que retirer de l’expérience de Groupama 3 qui vient de battre de deux jours votre record du Trophée Jules Verne ?
Que Groupama 3 nous ait battus, c’est bien pour tout le monde… et notamment pour nous car il est plus motivant de partir à la reconquête d’un record majeur que de s’attaquer à sa propre performance. Comme je l’ai indiqué à Brest lors de l’arrivée de Franck et de son équipage, je suis fier d’avoir été battu par la meilleure équipe au monde. L’autre bonne nouvelle est que l’équipe de Groupama 3 ait réussi à fiabiliser un trimaran audacieux et qu’ils ramènent le bateau et les hommes en parfait état, démontrant à nouveau que les G-Class sont tout sauf des projets fantaisistes. Pour ce qui est de la compétitivité entre les grands bateaux, la réponse est oui. Au deuxième équateur, Team Explorer (ex-Orange 2) était encore en tête et avait mis près de 3 jours de moins que Groupama 3 sur le partiel équateur/équateur. Cela prouve que notre grand catamaran, qui n’était pas développé et avec lequel nous n’avions pas navigué à 100% en 2005, reste compétitif aujourd’hui. Comme je vous le disais en décembre, je pense qu’entre Orange 2 développé, Banque Populaire V et Groupama 3, personne ne peut dire aujourd’hui qui gagnerait, si les trois bateaux se retrouvaient sur la ligne de départ d’un tour du monde.
En revanche les MOD 70, trimarans monotypes qu’on annonce aussi pour 2013 ne pourront pas participer. Ennuyeux ?
« Oui, c’est dommage. En 2001, quand nous travaillions sur la préparation de The Race Tour (Tour du monde en multicoques, avec escales), nous avions imaginé des monotypes polyvalents et avions abouti au concept de One Design 80. Le projet MOD 70 reprend cette idée. C’est respectable – les bonnes idées non réalisées n’appartiennent à personne – mais ils ont choisi que leurs bateaux ne soient pas aptes à traverser les océans du grand Sud et les grands caps mythiques. Il me semble qu’ils prennent ainsi le risque de perdre la dimension aventure qui est la seule à toucher le plus large public. Seules les grandes courses autour du monde par les 3 caps permettent cela. On parle d’autre chose que de sport dans le Vendée Globe, le Trophée Jules Verne, ou The Race. Pour pouvoir participer à The Race, il faudrait que les MOD 70 décident d’être plus polyvalents. C’est sûr qu’à 80 pieds, la question ne se poserait pas.
Quid des villes de départ et d’arrivée ? Marseille se déclare déjà intéressée…
La procédure est identique à celle de la dernière édition. La candidature des villes est ouverte et les appels d’offres en cours. Le choix définitif se fera en 2011. Comme en 2001, le départ et l’arrivée de The Race seront à priori en Europe du Sud, notamment pour des raisons de climat. Comme en 2001, nous voulons réussir un événement qui soit à la fois populaire et haut de gamme, ce qui suppose l’engagement de villes de dimension internationale, comme Marseille, Barcelone, Monaco, Lisbonne, Valence ou d’autres.
Des innovations ?
« Oui, mais nous avons le temps d’étudier leur pertinence. Deux premières idées sur lesquelles nous travaillons : peut-être un départ lancé à Gibraltar, si les sites sont en Méditerranée, ce qui permettrait un dispositif innovant de « warm up » spectaculaire. Ainsi qu’une double arrivée sportive et festive organisée au millimètre et valorisante pour tout le monde. Plus essentiel encore : la qualité des contenus TV est un vrai sujet. Il est probable qu’il faille aller plus loin encore et que les contenus éditoriaux diffusés depuis les bateaux en course (texte, audio, vidéo), soient traités par des journalistes embarqués et non plus par des marins, afin que le traitement professionnel de l’image soit à la hauteur des enjeux. »
Quel montage financier envisagez-vous pour l’événement ?
Nous envisageons comme en 2001, l’engagement de trois partenaires majeurs et discutons déjà avec l’ensemble des acteurs (teams, partenaires potentiels, villes), du montage marketing de l’événement, avec comme priorité un retour sur investissement performant. Le ticket d’entrée est volontairement accessible pour les trois partenaires principaux qui nous rejoindront : de l’ordre de 2 à 2,5 millions d’euros par an. Le budget prévisionnel est sensiblement identique à celui de la première édition, mais les nouvelles technologies, notamment dans la production d’images, doivent nous permettre de faire mieux encore avec le même investissement, en termes de retombées médiatiques internationales (1) et d’offres commerciales performantes.
Vous avez délégué la direction de l’organisation. Cela veut-il dire que cette fois vous participerez à la course sur l’eau ?
Je fais tout pour avoir la possibilité de courir. J’ai confié la direction de l’organisation à Thierry Reboul, talentueux fondateur de l’agence Ubi Bene, spécialisée dans les événements spectaculaires. C’est lui qui gère désormais The Race Event. Nous allons par ailleurs étudier la possibilité de confier une partie de la production exécutive à une structure internationale, afin d’optimiser encore la dimension mondiale de l’événement. Je quitterai l’organisation progressivement afin de me consacrer au seul projet sportif. »
Propos recueillis par Bruno Ménard.
(1) La première édition de The Race en 2000/2001 a généré 1300 heures de télévision programmes et news dont 80% à l’international et 146 heures de programmes spécifiques diffusés dans 135 pays (source TWI) et 24 700 articles de presse écrite (sources Carat Sport, Web Trend, TNS, Argus).
Tags: Bruno Peyron, no limit, The Race, tour du monde
3 Réponses à propos de “Comment Bruno Peyron relance The Race”
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viv dit:
16th avril, 2010 à %H:%MThe Race 3 en 2016 ne tomberait pas en même temps que le Vendée Globe ?
bon courage pour ce beau projet
viv. -
bruno peyron dit:
16th avril, 2010 à %H:%ML’évocation de 2016 pour la troisième édition de The Race n’a de but que la transparence des réflexions en cours. D’ici là, les priorités sont ailleurs.
Il s’agit évidemment de début 2016 et non fin 2016, période à laquelle doit avoir lieu un Vendée Globe, comme vous le soulignez.
Donc soyez rassurés, la date imposée par le changement de millénaire lors de la première édition n’est évidemment plus une contrainte. -
bruno peyron dit:
4th mai, 2010 à %H:%MNous avons reçu quelques questions purement marketing et commerciales auxquelles nous répondrons directement par mail sur office@therace.org
Merci

